Mouvement archaïque

Voici une réflexion sur le merveilleux outil qu’est la marche, la base de la méthode O Passo, pour apprendre le rythme de la musique.

Mouvement archaïque

Depuis Homo erectus, l’être humain se tient debout et marche.
Le déplacement repose sur un principe fondamental : le transfert régulier du poids du corps d’un pied sur l’autre. Ce balancement organise la marche et permet le mouvement dans l’espace.

De par cette fonction archaïque — sauf en cas de pathologie ou de handicap — la marche est naturellement régulière. Personne ne marche spontanément de manière irrégulière.

On pourrait donc en déduire que chacun génère une pulsation stable, et que le sens du rythme devrait être inné, ou du moins que la perception de la régularité nous serait naturelle.

Or, l’expérience montre que ce n’est pas le cas.
Pour la majorité des individus, la conscience rythmique nécessite un apprentissage long, parfois difficile.

Car marcher ne suffit pas.
Il faut mettre en relation la pensée et le corps. Il faut habiter l’espace-temps entre deux pas, entre deux déplacements de l’axe, entre deux pulsations. Il faut apprendre à diviser cette pulsation : en deux, puis en quatre, en trois, puis en six… Autrement dit, entrer dans l’infiniment petit du temps.

O Passo : un « yoga » de la marche

O Passo peut être comparé à un yoga du mouvement.
Comme le yoga conscientise la respiration, O Passo conscientise la marche.

La marche y devient objet d’observation et d’analyse. Le pas se décompose en deux séquences (flexion / érection, plié / tendu, arsis / thésis…), ouvrant la voie à sa subdivision en quatre, puis à des divisions toujours plus fines.

Cette progression mène à une maîtrise progressive du temps et de la pulsation.

De même que, dans le yoga, la qualité du mouvement est indissociable de la qualité du souffle, dans O Passo, la qualité du geste conditionne la clarté des images musicales. La marche construit ces images ; la précision du mouvement les rend opérantes. Elles se concrétisent ensuite par la voix, les frappes de mains, le jeu instrumental.

La sécurité rythmique procure un apaisement profond : un véritable mieux-être musical.

Doué… ou pas doué ?

Les facilités rythmiques reposent sur plusieurs facteurs :

  • le développement précoce des connexions neuronales ;
  • la latéralisation (dont l’étape du quatre pattes est fondamentale) ;
  • le développement de l’oreille et de l’écoute ;
  • le contexte culturel et le bain musical.

Mais au-delà de ces éléments, il semble difficile d’envisager des aptitudes musicales sans un certain équilibre intérieur, permettant de s’approprier cet art.

Certains possèdent naturellement ces dispositions. Ils sont toutefois rares et font figure d’exception.

Pourtant, nombreux sont ceux qui aspirent à faire de la musique. Beaucoup s’en sentent incapables, découragés par la difficulté. Finalement, seuls quelques-uns osent pratiquer cet art exigeant.

Or, la musique peut être accessible à tous, à condition de disposer d’outils pédagogiques adaptés.

Le plaisir musical réside avant tout dans la possibilité de jouer — seul ou avec d’autres — de manière cohérente, sans ambition nécessaire de devenir un nouveau Mozart.

Refuser l’accès à la pratique musicale au motif que l’on ne deviendra pas virtuose reviendrait à dire qu’il faut être capable de gagner le Tour de France pour avoir le droit de faire du vélo.
Ou qu’il faut être chef étoilé pour avoir le droit de cuisiner par plaisir.

Jérôme Viollet

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